Gustave Corleen – Un étrange phénomène
C’était une ville paisible. Certes d’étranges choses s’y déroulaient parfois, mais le mystère n’étais jamais suffisament épais pour qu’on ne le découvrit dans un délai court. On aurait pu penser que personne n’avait de secret pour personne, mais en fait, chacun s’en tenais à son territoire et ne se souciait que peu des histoires des autres. C’était une vie de confort et de sécurité que les gens venaient chercher là. Un ville où ils seraientt maître de leur parcelle, une ville pour ceux qui ne cherchaient pas plus loin. Cela aurait pu être ainsi jusqu’à la fin des temps car aucun des habitants ne semblait avoir de motivation, d’aspiration ou d’ambition. Chacun était content de ce qu’il avait et trouvait en ce lieu une sorte de ville de retraite où, après une vie tumultueuse, ils pouvait tranquillement se laisser mourir. Un grande ligne droite rassurante avant le grand plongeon dans l’inconnu de la mort comm s’il avait fallu se rassurer d’abord pour mieux crever ensuite.
Pas d’église, pas de bistrot, ni religion ni vice en apparence. Les habitants étaient leurs propres dieu et la seule loi nécessaire était celle du silence. Paradoxalement, les médisance n’en était que plus assassines et les rancœurs plus enracinés. Personne ne parlait à personne mais chaque foyer avait sa petite opinion sur son voisinage. Chaque individu était une bombe prête à exploser mais la règle tacite de calme les tenais contenus en eux même jusqu’à ce qu’ils soient desamorcés par une mort superieure. Il n’y avait pas non plus ni rassemblement ni communauté, rien qui ne reliait cette chaîne d’individus pareille à une file de soldats anonymes menés au peloton d’execution. Jusqu’à ce que Cousin vienne au monde.
Cousin était l’un des seuls natifs de la ville, la pluspart des habitant considérant qu’un enfant était un dérangement qu’il ne pourrait supporter. Et Cousin semblait être né curieux, curieux des gens et des mécanismes qui les tenait ensemble commes d’autre était curieux des rouages qui composent une horloge. Il avait passé toute son enfance à parcourir la ville, à mettre au jour les liens secrets qui subsistait dans la population, à redonner un semblant de sens à ce qui était son monde. Il avait découvert des mechancetés et des aigreurs, des intrigues secrètes et des non-dits dont nul n’avait conscience. Mais Cousin feignait de ne rien savoir et de rentrer dans le rang pour ne point troubler la faune qu’il observait patiemment.
Ses parents qui avaient sans cesse l’oeil collé à la clôture de leur voisins, supposant des intrigues farfelues, n’avaient jamais remarqué que leur propre fils en savait beaucoup plus long qu’eux sur ce qu’ils ne savaient pas voir. Il avait receuilli à leur insu, tel un scientifique rigoureux, des notes eparses qu’il consignait ensuite dans ce qu’il avait appelé “livre des gens d’ici”. Cousin était devenu autant comportementaliste qu’enfant et il n’eût de cesse d’analyser, recenser, théoriser son monde.
Pourtant, arrivé à l’âge de seize ans, un seul mystère lui résistait. Il succitait autant de ragots que les autres mais à la différence que Cousin n’y avait jamais vu clair. Il y avait une petite maison sur une colline qui surplombait la ville et dans cette maison vivait Gustave Corleen. C’était écrit sur la vieille boîte aux lettre anciennement bleue qui ornait la clôture. Mais c’était tout ce qu’on pouvait savoir du mysterieux personnage qui l’habitait. Cousin avait pourtant été attentif aux moindres on-dits mais rien ne semblait pouvoir se vérifier. Et c’était bien là ce qui l’intéressait, la vérité au delà de celle que l’on suppose.
Il prît donc la ferme décision de mettre la main sur la dernière pièce du puzzle de son monde avant de s’expatrier enfin, la ville ayant perdu tout son intérêt après cela.
La maison était simple, bien bâtie, sobre et fonctionnelle. Elle était flanquée de trois grandes fenêtres ouvertes sur 3 pièces de la maison disposées en enfilade, qui lui donnait des airs de théâtre de marionnettes.
Coté jardin, une petite chambre. En tout cas Cousin faisait l’hypothèse qu’il s’agissait d’une chambre car de lourds rideaux bordeaux aux motifs floraux l’empêchait d’appréhender totalment la pièce. Il y distinguait simplement un montant en bois sculpté du lit et la moitié d’une petite lampe de chevet au en porcelaine.
Au milieu, on trouvait un petit salon sobrement décoré par quelques portraits ovales fixé sur un papier peint blanc à fines rayures bleues. Le mobilier était constitué uniquement d’un grand fauteuil crapaud assorti d’un guéridon sur lequel était posé deux livres de taille imposante et une petite lampe recouverte de dentelle ; il y avait aussi une bibliothèque dont la taille ne semblait plus du tout adaptée à la quantité d’ouvrage qui y était rangés (on eut plutôt dit entassés d’ailleurs). On n’en voyait pas plus mais ce n’était pas nécessaire, la pièce ne dépassait pas en profondeur la taille de la maison ce qui excluait la présence d’une pièce aveugle dans le fond.
Enfin, côté cours, une dernière petite pièce : une chaise et une table rustique ainsi qu’un imposant vaisselier à double battants.
L’absence de salle d’eau fît emettre à Cousin l’hypothèse qu’un lavabo devait être installé dans la seule pièc qu’il ne pouvait voir, la supposée chambre.
La maison en elle même était de bois peint en blanc, dont la couleur avait viré au brun, mais elle ne semblait aucunement fragilisée par le temps et les vents fréquents dans la région. La toiture semblait pouvoir résister aux intempéries les plus agressives.
Cousin oublia vite l’idée de vérifier de l’interieur ses hypothèses sur la maison. En effet, Gustave semblait ne jamais en sortir et le fait que les pièces soient alignées ne laissait que peu de place pour la dissimulation.
Il dût se résoudre alors à une observation prolongée dans l’espoir que quelque chose le mènerait quelque part.
Ainsi chercha-t-il une position strategique d’où il pourrait voir sans être vu. Il installa une petit plate-forme de bois en la couronne d’un grand orme suffisamment distant des fenêtres de Corleen. C’est dans la fraîcheur ombragée des branches bien pourvues cette saison qu’il passa désormais le plus clair de ses journée, et parfois un peu de nuit. Toutefois, la surveillance assidu l’affaiblissait si bien qu’il tombait de fatigue dès le crépuscule.
Une journée de Gustave, c’était immuable, c’était ennuyeux et long. Il se levait aux aurores, sortant tout habillé et frais de sa chambre, s’étirait mollement et machinalement. Avançait jusqu’au fauteuil, pivotait comme l’automate d’une horloge et s’asseyait. Toute la journée, sans même faire de pause déjeuner, il lisait, ne se levant que pour changer de lecture.
Il n’y avait pas grand chose à dire où à observer, alors Cousin consignait des statistiques et constituait une liste des ouvrages étranges lus par Gustave. Il s’agissait notamment de livres sur la mécanique des fluides, des livres d’anatomie également sur des sujets en apparence très pointus. Le tout était entrecoupés de romans, en tout cas autant qu’en laisse supposer le titre. Mais cela ne semblait provoquer en Gustave aucune émotion.
Le soir, “le petit homme” (comme il l’appelait) mangeait. Il sortait de son vaisselier une petite boîte de thon ou de maquereau l’ingurgitait mécaniquement. Puis, il éteignais l’ensemble de la maison. Fin du spectacle.
Cousin était certes perseverant mais au boût de cinq jours parfaitement semblables, il allait se résoudre à changer de méthode. Mais le sixième jour, un changement pourtant peu spectaculaire eu pour conséquence un découverte intriguante. La journée se déroula comme de coutûme mais après sa longue session de lecture, Gustave omit d’éteindre la lampe du guéridon, laissant l’intérieur visible après qu’il eut mangé. Cousin avait supposé que dans le noir, Corleen regagnerait sa chambre pourtant, il ouvrit le vaisselier, et lorsque celui-ci se refermât, il avait disparu.